Portrait : Lionel Peluhet, vice-président du Groupement Les Mousquetaires
« Le commerce restera un métier profondément humain »
Dirigeant des Mousquetaires, propriétaire du Limoges CSP et enfant d’un milieu modeste, Lionel Peluhet défend une vision profondément humaine du commerce. À l’ère de l’IA, il est convaincu que la performance durable repose d’abord sur le collectif, la proximité et la qualité de la relation.
Le collectif comme fondement du leadership
Pour Lionel Peluhet, tout ramène au collectif. Le sport, l’entreprise, le commerce, le management : rien ne se construit seul. Et certainement pas la performance.
« On peut avoir raison seul contre tous… et ça ne marche pas. »
La phrase résume sa vision du leadership.
Une vision forgée très tôt, entre école républicaine et sport de haut niveau. Ski nordique, rugby, compétition : il grandit avec cette double culture de l’effort individuel et de la force du groupe.
« Le sport collectif, c’est apprendre à gagner et à perdre ensemble. »
Une école de l’humilité autant que de l’engagement.
Cette culture irrigue encore sa manière de manager. Chez les Mousquetaires comme au Limoges CSP, il parle d’abord des femmes et des hommes avant de parler des chiffres. Après plus de trente-cinq ans dans le groupement, la motivation reste intacte.
« La retraite n’est pas un concept pour moi. »
Ce qui continue de le faire avancer, c’est l’énergie des projets et la dynamique collective.
Pour lui, le management commence par une chose simple : la considération.
Être présent, consacrer du temps aux équipes, comprendre si elles ont besoin d’autonomie ou d’accompagnement : voilà ce qui construit durablement l’engagement. Une vision exigeante du leadership, loin d’un management purement procédural.
Le deuxième pilier tient dans la qualité d’exécution. Un projet ne se résume jamais à son objectif final. Il faut réussir les étapes intermédiaires, créer des victoires progressives capables d’embarquer le collectif.
Enfin vient le résultat. Financier, bien sûr, mais pas uniquement.
« Le résultat, c’est aussi l’homogénéité sociale et le sens donné à l’action collective. »
Cette logique irrigue toute l’organisation des Mousquetaires : 150 000 collaborateurs et 4 000 chefs d’entreprise indépendants répartis entre la France, le Portugal, la Belgique et la Pologne.
Comment faire avancer autant d’indépendants dans une même direction sans étouffer leur énergie entrepreneuriale ?
Par des règles communes, des critères de performance partagés et une culture commerçante forte.
Négocier, c’est d’abord comprendre l’autre
Lorsqu’il revient sur les grandes opérations menées ces dernières années, Lionel Peluhet parle d’abord d’anticipation, de préparation et de compréhension de l’autre.
Le rachat des magasins Casino en est l’illustration. Une opération préparée depuis près de dix ans au sein des Mousquetaires.
« On avait préparé le groupement pour pouvoir accueillir cette croissance externe. »
Mais pour lui, une négociation ne se résume jamais à ce que veut l’acheteur.
« Il faut comprendre ce que veut le vendeur. »
Préparer ses marges de manœuvre, connaître ses limites, comprendre les contraintes de l’autre, créer les conditions de la confiance : voilà ce qui permet de construire des accords durables.
Dans le dossier Casino, cette approche concernait aussi les équipes et les territoires touchés par la transformation.
« Une négociation ne se déroule jamais comme on l’avait imaginée. »
Derrière cette phrase, on retrouve sa vision du commerce : un équilibre permanent entre préparation, adaptation et relation humaine.
Le commerce comme lien social
Lorsqu’il parle de l’avenir, Lionel Peluhet ne minimise pas les bouleversements en cours.
Le digital transforme profondément le métier de commerçant. L’intelligence artificielle modifiera encore davantage les organisations et les modes de fonctionnement. Mais il reste convaincu d’une chose : le commerce demeurera un métier de relation.
« Les hypermarchés et les supermarchés sont devenus l’ancienne place du village. »
Derrière l’image, une conviction forte : la proximité reste un avantage stratégique majeur.
Chez les Mousquetaires, un magasin tous les dix kilomètres permet de maintenir cette relation quotidienne avec les clients.
Dans cette transformation, il voit aussi une formidable opportunité sociale.
« Le commerce est plus que jamais un ascenseur social. »
Lui-même se définit comme « un enfant de la République », construit par l’école et le sport.
Car pour réussir dans le commerce, estime-t-il, il faut avant tout aimer les gens.
Bio express
Lionel Peluhet est vice-président du Groupement Les Mousquetaires, où il pilote notamment les finances et le développement. Diplômé de Sup de Co Toulouse et de l’École de Commerce de Madrid, ancien rugbyman et passionné de sport, il a conduit plusieurs opérations majeures du groupement, dont le rapprochement avec Casino. Chef d’entreprise à la tête de plusieurs activités commerciales, il est également propriétaire du Limoges CSP.